Les Mercœur : fiche généalogique.

 

Qui sont-ils ?

Le nom de Mercœur est peut-être impropre à propos d'Odilon. En effet, si tout le monde parle par commodité d'Odilon de Mercœur, on n'a aucune preuve qu'il ait été déjà désigné ainsi. Ce qui est sûr seulement, c'est que certains de ses héritiers (descendants d'un neveu, donc, mais lequel ?) ont donné naissance à la famille des Mercœur... La question est moins pointilliste qu'il n'y paraît. Si aucun Mercœur n'est connu avant les neveux d'Odilon, cela pourrait vouloir dire que ce personnage ne descend pas d'une très grande famille. Mais à l'opposé, le fait qu'on se transmette le nom d'Ithier confirme la présence d'un ascendant comte d'Auvergne (envoyé à la fin du VIIIe siècle par Charlemagne). Il pourrait donc s'agir d'une famille intermédiaire, de la noblesse locale, qui, grâce à Odilon, va émerger à un rang supérieur. (Voir la communication de Martin de Framont, Actes du Colloque Odilon, 2000.)

Généalogie

1. - Ithier de Mercœur (911-936) (épouse Arsinde)

2. - Béraud ou Bérald Ier

Ce Bérald avait excellente réputation. D'après Jotsald, disciple et biographe d'Odilon, Bérald « était un homme de la première noblesse d'Auvergne, vaillant guerrier, suzerain de nombreux domaines, dage et prudent d'ailleurs, et d'un conseil sûr et éprouvé. Ses mœurs étaient irréprochables, et sous ce rapport, il ne le cédait à aucun de ses contemporains. On l'appelait communément Bérald le Grand ou l'Aîné (Major), parce qu'il était le chef de la famille qui portait son nom. Sa bonne foi était si remarquable que ce que les autres ont peine à garder, même après en avoir fait le serment, sa parole suffisait pour le rendre inviolable. On souhaiterait voir beaucoup de seigneurs se conduire avec la sagesse qui paraissait en ses moindres actions. » (Cité par l'Abbé P. Jardet, Saint Odilon, abbé de Cluny, d'après la Patrologie de Migne.)

Selon Martin de Framond, le fait que l'on connaisse neuf frères et deux sœurs d'Odilon laisse supposer que l'on ne les connaît pas tous; en particulier, il est fréquent à l'époque que le noms des filles soit laissé de côté. Dans ces conditions, on peut supposer au moins une quinzaine d'enfants, c'est-à-dire que cela Béraud a probablement eu plusieurs épouses. Celle que l'on connaît, Gerberge, serait donc la dernière.

Son épouse [sa dernière épouse ?], Gerberge, très pieuse, était de race encore plus illustre que son époux; elle tirait son origine des anciens rois carolingiens : elle était fille du seigneur de Vienne, parente d'Hugues, roi d'Italie, et descendante du roi Lothaire.

Les enfants de Béraud

Béraud a au moins 11 enfants répertoriés, dont :

- Etienne, l'aîné, qui « soutint hautement l'honneur de sa race ».(Honorabilis senior.)

- Ebbon, le deuxième.(Vir bonæ simplicitatis.)

- Le futur saint Odilon (élu abbé de Cluny en 994) était le troisième enfant de la famille.

- Bérald, plus tard prieur au Puy. On sait qu'il était déjà mort en 1031.

- Bertrand,

- Ithier mort en bas âge, avant 990 ou 991.

- Guillaume,

- Eustorge ou Astorg (Les érudits tels que M. Boudet le donnent comme tige probable des seigneurs de Brezons, mais cela peut signifier autre chose; voir ci-dessous.).

- et un second Ithier.

- Deux filles : l'une, Blismodis, se consacra au Seigneur au monastère de Saint-Julien-des-Chazes (sur la rive gauche de l'Allier) dont elle devint abbesse et mourut presque centenaire. L'autre, Aldegarde, resta dans le monde.

Les Neveux d'Odilon

Etienne, trente-sixième évêque du Puy, de 1031 à environ 1053. Ce neveu fut ordonné prêtre à la demande de S. Odilon, et c'est à lui que Jotsald dédia sa Vie de saint Odilon.

Un autre Étienne, onzième prieur du Puy. C'est peut-être cet Etienne qui fut évêque de Clermont de l'année 1051 à 1052.

Bérald, fils d'Ebbo.

Un frère de Bérald, Hildegar, fut le douzième prieur du Puy.

Guillaume, fils de Guillaume; Gérald, Rotbert, Bérald.

Odilon (abbé du monastère de Brême-Novalèse de 1027 à 1031).

Guillaume, fils de sainte Aldegarde, treizième abbé du monastère de Saint-Chaffre, au diocèse du Puy.

Hicter et Aldiger.

Autres parents connus d'Odilon

Etienne, neuvième abbé de Sauxillanges en Auvergne, vers l'an 1084.

Pierre, troisième prieur du Puy, et qui en fut en 1053 le vingt-huitième évêque.

Hugues, abbé et prieur de Sauxillanges vers 1060.

Falcon de Jalingny.

Etienne, évêque de Clermont de 1151 environ à 1169.

Guillaume, abbé du monastère de Tournus, au diocèse de Chalon, actuellement diocèse d'Autun, vers 1056 ou 1060

Implantation

« Les Mercœur sont les roitelets de la Margeride brivadoise et cantalienne. » (M. Boudet) Les domaines sont répartis dans le Cantal et en Haute-Loire (cantons de Ruynes, de St-Flour Nord, Rageade, Saint-Georges...).

Où est né Odilon ? Où est le Mercœur originel ? Ces questions ne sont pas tout à fait résolues, mais l'ancrage de la famille paraît bien être près de près de Lavoûte-Chilhac, en Haute-Loire. En effet, c'est là que se situe le premier Mercœur, même si un second lieu porte ce nom dans la région.

Les récents travaux de M. de Framond donnent une idée de l'implantation de la famille et de ses alliés, depuis Murat à l'ouest jusqu'au Puy et, au-delà, dans le Vivarais, à l'est. Les zones correspondantes sont en gris sur la carte.

Les possessions des Mercoeur.
Lavoûte-Chilhac
Lavoûte-Chilhac.
Photo de la fédération
des Sites Clunisiens.
Le premier Mercœur

C'est donc le Mercœur situé en Haute-Loire qui paraît être la région d'origine de la famille. Martin de Framond souligne avec malice qu'en fait, on n'a aucune certitude : que tous ces lieux aient été après illustrés par la famille ne signifie pas avec certitude que tel lieu ait été leur berceau. On répète aujourd'hui (mais sans document définitivement crédible) qu'Odilon est né à Saint-Cirgues, près de Lavoûte-Chilhac. La seule chose sûre, c'est que plus tard Odilon a fondé un monastère à Lavoûte-Chilhac, sur des domaines qui appartenaient à la famille. Le 14 septembre 1025, en effet, il donne la charte de fondation du prieuré. Par cette donation le monastère restera rattaché jusqu'en 1803 à la paroisse voisine de Saint-Cirgues. Remarquons au passage que l'orthographe Lavoûte fausse l'étymologie : l'origine est la volte, boucle très nette de l'Allier (voir photo).

Pourvu de revenus suffisants et placé sous la protection des seigneurs de Mercoeur, le prieuré restera prospère. Pendant la guerre de Cent ans, il sera menacé par des bandes de routiers qui détruisent en 1365 le château de Saint-Cirgues. Une enceinte fortifiée (dont il subsiste une grande partie) sera construite peu après. Vers 1460, l'église est reconstruite à l'initiative de Jean de Bourbon, abbé de Cluny (une nef unique terminée par un chevet à trois pans).

Eglise de Mercoeur, pour l'essentiel du XIIe siècle. - Photo Marc Duval, août 2002.
Eglise de Mercoeur, pour l'essentiel du XIIe siècle.
Photo Marc Duval, août 2002.
Plus tard, un second Mercœur

L'autre Mercœur est situé dans le Puy-de-Dôme, à la frontière du Cantal, près d'Ardes-sur-Couze. La situation de ce château est bien déterminée dans le Dictionnaire géographique de l'abbé Expilly : « Mercœur en Auvergne, diocèse de Saint-Flour, intendance de Riom, élection de Brioude, à I lieue O. d'Ardes, 6 lieues O.-N.-O. de Brioude, 5 lieues O. d'Issoire, 8 lieues S.-S.-O. de Clermont. Le château de Mercœur était bâti sur une éminence, vis-à-vis d'un autre château nommé le Fromental, qui était une châtellenie du duché de Mercœur. L'un et l'autre furent démolis par l'ordre de Louis XIII. »

Par ailleurs, Chabrol, dans ses Coutumes d'Auvergne, fait connaître les sept mandements dont il se composait, savoir : I° Ardes, Mercœur et Fromental; 2° Chilhac Saint-Cirgues et Etangs; 3° Ruines et Corbières ; 4° Lastic et Cistrières; 5° Tanavelle et Lagas; 6° Saugues et Grèzes; 7° le Malzieu et Verdezun. Cette division se retrouve identiquement dans l'acte de vente du duché de Mercœur au roi en 1770. Le Mercœur qui figure dans le premier mandement, et qui était autrefois lui-même un mandement, est suffisamment désigné par son entourage comme le Mercœur des bords de la Couze.

On estime aujourd'hui que la famille n'occupait pas ce lieu à l'origine et que ce n'est que par la suite qu'elle y a construit.

En résumé, au temps d'Odilon, la famille est bien implantée à la limite de la Haute-Loire et du Cantal actuel, entre Saint-Flour et Lavoûte-Chilhac. C'est là également que se trouve le premier Mercœur, lequel château en revanche n'existait peut-être pas encore au temps de la naissance d'Odilon.

 

Haut de cette page