Les origines

Saint-Flour avant l'an mil.

 

Indiciac aux temps gallo-romains

Autrefois, la ville de Saint-Flour était appelée Indiciac (Indiciacum au neutre paraîtrait la forme naturelle, mais les textes médiévaux donnent couramment la forme masculine Indiciacus). Le nom d'Indiciac, malgré diverses propositions fantaisistes, paraît bien dériver du nom d'un propriétaire de domaine, comme la plupart des noms en -ac et -at de la région.

L’histoire de la ville ancienne est assez mal connue. L’on pense aujourd’hui que l’origine des temps celtiques en est le village de Mons de Saint-Georges. Puis, à l’époque gallo-romaine, c’est dans le quartier du Bel-Air, tout près de la gare située en ville basse de Saint-Flour, qu’a existé une implantation. En effet, les travaux du chemin de fer, en 1881, puis ceux du lotissement de Bel-Air, en 1967, ont permis de trouver des morceaux de vases, des monnaies, des fragments de murs, des tuiles, des moules à grain, des statuettes… Le tout date du Ier siècle av. J.-C. et des deux premiers siècles après J.-C. Tout donc laisse penser qu’en ce temps-là un vicus, c’est-à-dire une agglomération secondaire placée en bordure d’une voie importante, se situait là. La voie nord-sud entre Clermont et le Gévaudan constituait effectivement un lien important.

 

Un habitat sur l'éperon rocheux

Puis, un peu plus tard, un habitat semble se créer dans l’actuelle ville haute de Saint-Flour :

« On constate un transfert de sites : (…) de la nécropole tumulaire de Mons de Saint-Georges au vicus routier sis au pied du promontoire basaltique d’Indiciac, et, après le IIe siècle, vraisemblablement sur la partie la plus élevée de ce promontoire, à l’emplacement actuel de la Halle aux blés. Avant ou après l’arrivée de Florus ? Il est permis de penser que si pasteur décida de s’arrêter en ce lieu, c’était qu’il y avait trouvé déjà au moins un embryon de village et des pagani en nombre suffisant à évangéliser. » P. Chassang, Histoire des pays de Saint-Flour et Murat, Aurillac (Ed. Gerbert), 2003.

Bref, à la fin du IVe siècle ou au début du Ve siècle, quand Florus vint évangéliser la région, il devait y avoir déjà un petit village dans ce qui est aujourd’hui la ville haute. Or le saint homme mourut à Indiciac : son tombeau y fut érigé, et bientôt, il devint un lieu de pèlerinage. Sans doute construisit-on un petit sanctuaire, desservi par des prêtres séculiers. (Voir la page consacrée à Florus.)

 

La fin de l'organisation carolingienne

A la fin du Xe siècle, l'organisation administrative des carolingiens s'effondre. A la place des cinq comtés mineurs de l'Auvergne (Saint-Flour relève alors du comté de Tallende, dont l'extrémité nord va jusqu'aux abords de Clermont) et des vigueries qui en sont les subdivisions, s'instaure un comté de Clermont. Du côté ecclésiastique, Indiciac dépend toujours de l'évêché de Clermont (l'évêché de Saint-Flour ne sera créé que bien plus tard, au XIVe siècle).

Mais il ne faut pas s'imaginer un monde de châteaux forts et de seigneurs en cinémascope. Car à l'époque carolingienne, la plupart des châteaux n'étaient pas habités; construits sur les anciennes places fortes gauloises, ils devaient abriter une population nombreuses en cas de danger. Ce n'est qu'au cours du Xe siècle, précisément, qu'apparaissent des constructions plus petites, les castra [pl. de castrum.]; au départ, elles sont dues aux vassaux du roi ou du prince de la région. Il n'y a donc pas de château sans garnison officielle. Quand le pouvoir central s'affaiblit, chaque comte, chaque viguier, va tendre à reprendre pour son propre compte ce qu'il n'avait auparavant que par délégation.

Alors, la noblesse locale (héritière en générale des ducs, comtes et viguiers carolingiens) se préoccupe de moins en moins de ce que souhaite le pouvoir central et se taille des fiefs... Sur les villae (domaines terriens) du début du Xe siècle, on voit apparaître des châteaux à motte, dont l'essentiel est en bois (les châteaux en pierre tels qu'on les imagine apparaîtront bien plus tard). Les paysans libres, détenteurs d'un alleu, se raréfient : par la force, les seigneurs leur prennent leurs biens, qu'ils leur redonnent ensuite en tenure. Et après l'an mil, on verra apparaître dans les textes les premières coutumes, définissant les droits (souvent usurpés à l'origine) des seigneurs. Dans ce contexte, même les domaines d'Église ne sont pas intacts et leur privilège d'exemption se réduit à un périmètre étroit.

En 987, le pouvoir central est tellement faible que les Carolingiens s'effacent; les Grands font d'Hugues Capet le roi. La suite de la dynastie ne doit pas nous tromper : à ce moment-là, c'est d'un pouvoir central considérablement affaibli qu'il s'agit. L'Auvergne a pour sa part connu une indépendance de fait.

 

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